Lettre à mon corps.

Publié le par La Mère Quelconque

Toi et moi.

Au début c’était plus toi et les autres. Les autres qui ne te respectaient pas beaucoup, qui te trouvaient toujours quelque chose. Les autres qui ont réussi à instiller en moi une aversion si profonde que je t’ai maltraité, malaimé, jusqu’à t’ignorer. J’étais un esprit dans un moyen de locomotion, un outil qui pouvait m’emmener du point A au point B.

J’ai essayé de te contrôler, de t’affamer, de t’endurcir, de te forcer. Ne plus te ressentir était un moyen de ne plus ressentir les autres: quand tu maigrissais, tu devenais dangereux, quand tu grossissais, tu devenais encombrant... et j’ai vécu longtemps en te prenant « juste » pour un ennemi.

Puis il y a eu un moment où toi et moi on a fait du bon boulot. Une symbiose incroyable, une perte de contrôle total sur ce qui arrive, une greffe à la fois magique et incompréhensible... j’ai laissé l’instinct prendre le dessus, avec plus ou moins de succès, alors que j’étais dans la tourmente.

Tu m’as offert de beaux enfants en pleine santé, des allaitements formidables... en me trahissant encore parfois, en me faisant croire que tu me lâchais définitivement aussi... j’ai eu peur, j’ai espéré, j’ai compris, je me suis résignée et j’ai appris.

Depuis toute petite on m’apprend que tu es un ennemi. La mère ne voulait pas que tu sois trop feminin mais elle forçait les courbes à s’accentuer, par une envie de contrôle sur nos vies d’enfants. Elle nous a mis en danger... Elle nous a appris à avoir peur de toi et de ce que tu nous offrirais. On ne devait croire qu’au contrôle et à ne pas t’aimer: tu serais source de douleur et de danger, puisque j’étais femme.

J’ai compris pourquoi elle l’a fait, et j’ai compris que ce n’étaient pas de bonnes raisons.

L’effet dévastateur est resté longtemps. Comprendre m’aide à aujourd’hui à avancer. Grâce à toi, je peux aimer, porter, cajoler, danser, voyager, accoucher, allaiter, rassurer, soulager, aider, travailler, m’accomplir, ma balader, faire tellement de belles choses.

Un jour on m’a dit « Tu es tellement belle... » et tu t’es embrasé. C’était bon. C’était possible.

Je peux me défendre, je peux me faire plaisir, je peux te rendre joli, je peux faire l’amour, ressentir, sentir et consentir...

Je peux.

On peut.

Je voudrais que tu m’excuses pour ces années de maltraitances, tu m’as offert trop de belles choses, une source inépuisable de plaisirs, si on sait les saisir.

Ce nouveau départ il est pour nous, dans l’acceptation et la résilience .

Pour toi et moi.

Tu n’es pas parfait, tu ne plais pas à tout le monde, mais le regard des autres importe peu; tu es le reflet de ma vie et pour ça, merci.

Je ne sais jamais trop exprimer mes sentiments, mais ils sont là...

Je t’aime, mon Corps.

Publié dans Pensées, Moi

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PetitDiable 28/05/2018 09:54

quel beau parcours! Onn en est à peu près au même stade! ^^