Jour de pluie.

Publié le par La Mère Quelconque


Mes collants plissent et ça m’énerve.
Je m’attarde sur des détails, parce que ça me rassure un peu je crois. Nous sommes beaux je pense, tous les cinq, dans nos vêtements sombres, je nous voulais beaux en tous les cas. J’ai mis autour de mon cou la petite croix en or blanc et diamants que j’avais achetée en 2013, après le départ d’Yves. Elle me rappelle comme j’ai eu cette bouffée de foi et comme elle m’a aidée à passer au-dessus, à ce moment-là.
L’église est belle, préparée pour les fêtes de Noël ; d’immenses panneaux rouges sont accrochés aux colonnes criant l’allégresse, des tissus violine sont disposés un peu partout, des fleurs nous accueillent.
C’est complètement irréel.
Je remonte mes collants.
Je fixe un peu le bout de mes chaussures, qui claquent un peu sur les grandes dalles noires qui pavent l’édifice. Je n’ose pas trop me retourner une fois arrivée au bout, vers la chaire, parce que si je me retourne, je verrai les gens, je verrai leurs yeux plein de buée et j’ai peur de ça. Mes yeux sont secs je crois. Dans ma main, celle de Mathilde. Il fait un peu froid.
Mes fils sont à ma gauche, beaux, grands, ils sont courageux. Ils choppent Mathilde quand elle s’ennuie un peu. Ils me caressent le bras, m’encouragent. Cet encouragement me permet de faire de même pour Nico, qui me semble d’une force incroyable. Il me semble grand, tellement grand.
C’est agaçant, ces collants qui glissent.
Il entre. C’est beau. C’est assez curieux de dire qu’il est beau, c’est vrai. Mais il l’est. La composition posée dessus est pleine de boutons, pleine de promesses, pleine d’espoir. La photo posée sur le dessus la montre jeune, souriante, pleine de promesses, pleine d’espoir. Ce cercueil est beau.
S’en suivent des mots, des chants, des gens. Tout semble se passer ailleurs, à un autre moment. Je suis incapable de parler, et c’est dommage, on ne peut pas faire une seconde prise, c’est fini.
J’essaie de regarder la croix en m’interrogeant sur le sens de tout ça, parce que là, tout de suite, je ne comprends pas vraiment.
Les amis sont là, un peu comme des piliers, et j’ai aussi un peu peur de leur regard. Moi, je ne suis que la pièce rapportée, est ce que j’ai une légitimité à avoir aussi mal ? Je n’en sais rien, mais dedans, ça pleure beaucoup. Je crois que j’ai pleuré dehors, mais en fait je ne sais pas trop. Je me sens un peu nauséeuse, l’odeur de l’encens. C’est la fin.
Sur le bord de mes chaussures, mes collants plissent toujours. C’est une idée fixe, avec celle que je suis tellement désolée de ne pas avoir su parler. C’est tellement dommage.
On suit au final une route vers nulle part, entre la chambre funéraire, l’église, le crématorium, et un retour vers le cimetière. Barbara a chanté l’Aigle Noir, et les pelletées de terre ont scellé le caveau.
J’ai regardé les gravillons rouges, qui ont repris leurs petites vies de gravillons rouges, au dessus du monticule de terre qui est venu fermer cette plaie béante qui attendait qu’on la panse.
La réalité, elle est là, sous les fleurs, et elle crie de rester fort et souriant.
Au bout de mes chaussures, un peu de terre.
Du vent dans les cheveux.
Du froid dans le cou.
Des plis sur les collants.
Et l’envie furieuse de sourire à nouveau, comme promis.

Au revoir, Claudine.

Publié dans Pensées, Moi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article