Le sevrage, un deuil parmi d'autres...

Publié le par La Mère Quelconque


Ce moment arrive. Avec la reprise du boulot. Depuis plusieurs semaines, on fait le petit rituel du soir avant que tu ne te couches dans ton lit. Tu viens encore parfois nous rejoindre sur le bord du matin, tu te mets en boule dans les bras de ton père, et je sens tes pieds minuscules et chauds dans le creux de mes reins. C’est bon que tu sois là et c’est aussi bon que tu n’y sois plus le reste de la nuit.
Le cododo, c'est presque terminé. Un premier deuil. Attendu. 
Ton petit corps potelé bien blotti dans sa couette dort d’un sommeil réparateur, avec ta main qui généralement pendouille nonchalamment. On lit l’histoire, on se met en condition, tu fais la petite tortue, tu souffle par le nez, et on se fait un gros câlin.
La tétée de la nuit, c’est fini.
Le sevrage arrive, aussi salvateur qu’il me fait peur, et j’ai mal un peu au cœur parce que je sais : il n’y aura pas de prochain bébé. Pas de prochain allaitement. C’est terminé bientôt pour moi. Je n’aurai plus cette fonction là.
Des fois tu me regardes et tu me demandes ‘Une petite tétée conne ça !’ et tu me montres ton pouce et ton index tout rapproché, et tu me souris. Il ne reste qu’une tétée… Celle de la sieste. Que tu as allègrement sautée aujourd’hui…
J’avais hâte, je suis un peu fatiguée. Pas de l’allaitement en soi, mais plutôt de la présence physique épuisante. Il ne faut pas raconter quand parfois l’allaitement épuise ou énerve… Mais si. Des fois, j’ai pas envie. Des fois, j’ai envie d’être à moi, rien qu’à moi. Et quand je suis fatiguée, c’est pire. Là, il y a eu un muguet presqu’opportun, une saloperie qui gratte et qui gratte, qui fait cependant que tu n’as plus tété le sein droit depuis un moment. Je suis soignée, guérie même. Et je sens que j’avais besoin de ce ‘break’.
J’ai presque honte de dire que j’attendais un peu ce sevrage. Parce que quand on est dans la team tétée, on a pas le droit de dire quand on a envie que ça s’arrête ou quand on ne sait pas comment faire. Après tout, je n’ai pas envie que ça se termine dans le drame, je voulais juste que ça se termine aussi bien que ça avait commencé… Tout seul.
Et puis voilà. On y est presque. Et je dois faire le deuil de toute cette partie de ma vie qui va se refermer, qui va m’échapper pour de bon.
Tu as bientôt 3 ans.
J’ai allaité Faustin 27 mois. Gabriel 24 mois. Et toi, à 35 mois, tu es toujours là, petite poulette nichonneuse potelée et câline…
86 mois.
On arrive à la fin et je fais le deuil un peu difficilement, en me demandant autant que je l’espère si c’est la dernière tétée. J’ai envie de m’en souvenir et en même temps j’ai envie de passer à autre chose… J’ai envie et pas envie.
Tu vas me demander une tétée câlin ou l’oublier. On arrive sur la fin.
Tu ne te souviendras pas du goût, de la sensation. Tu vas perdre le reflexe de succion, tu vas grandir.
On y est, on y arrive, ce deuil un peu difficile, ce moment que j’attends et que je redoute.
T’inquiètes, on continuera à se tenir la main. On s’est promis de grandir ensemble, pas vrai ?
Une étape après l’autre…
Un deuil après l’autre.
On va profiter des derniers jours/semaines et se dire que jusqu’ici, tout va bien. Le chapitre se ferme bientôt… Mais le livre reste ouvert !
Petite fillette, bientôt 3 ans, déjà 3 ans !

Publié dans Pensées, Moi, pensées

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GToch 24/05/2017 09:36

Grandir c'est beau aussi <3 <3 <3
... Autant pour moi, j'avais oublié ton article précédent sur ta meilleure amie, l'adolescence... Pardon, je retire ce que je viens de dire :D

La Mère Quelconque 24/05/2017 09:56

Ah ah ah... en ce moment c'est un peu terrible en plus XD ;)

Sumi 22/05/2017 13:53

Coucou ma belle, petit commentaire que si elle se souviendra certainement de la sensation. Ma grande allaitee 3ans continue de me humer le decollete avec delice, et adore appuyer sa tete sur ma poitrine alors que ma petite allaitee moins d 1 an n'a pas garder ce souvenir de bien etre et n'a pas ce besoin de se coller a mes seins. J'ai vraiment l'impression que l'allaitement long a laisse un souvenir, une trace. Bise.

La Mère Quelconque 24/05/2017 09:55

C'est vrai que les grands etaient super tactiles... mais l'âge audant j'ai oublié tout ça ❤️merci et bisous ❤️