Tu m'aimes?

Publié le par La Mère Quelconque



Les mots sont dedans, coincés, enfermés.
Je lui redemande 20 fois par jour : tu m’aimes ?
Inlassablement, il me dit oui. Et je l’entraine dans un nouveau tourbillon maniaque.
Inlassablement, je me répète que je ne le mérite pas. Et je m’entraine dans un nouveau tourbillon mélancolique.
Inlassablement, je me dis que ces 10 dernières années vont disparaître comme elles sont arrivées, d’un coup, sans crier gare.
10 ans.
Et je mesure dans la même seconde la chance qui m’est offerte.
Je lui demande encore chaque jour, s’il m’aime.
J’ai peur.
J’aimerai tellement ne pas avoir peur.
Au moins un tout petit peu.
Tout est coincé, serré, enfermé là, dans mon ventre, ça fait une boule, une angoisse, un nœud.
Et j’aimerai que ça sorte mais je ne sais pas si il faut que ça sorte. Ni comment. Ni pourquoi.
J’aimerai écrire que je me sens bien. Je jure que c’est vrai.
J’aimerai être une vraie naïve, ne pas me rendre compte qu’on m’a utilisée, ne pas voir à quel point des gens, des choses, des images, des idées sont moches. Dedans. Dehors.
On me prend pour une originale, j’apprends 1000 choses en même temps et je parle tout le temps.
Mais en fait j’occupe mon esprit, pour ne pas réfléchir.
Je lui en veux tellement de ne pas m’aimer, mon Dieu, ça me rend tellement, tellement vulnérable. Une mère est sensée aimer son enfant, ressentir un truc de dingue, se souvenir de moments précieux, dire à son enfant qu’elle l’aime. Mais je ne l’ai jamais vu dans ses yeux.
Alors que dans mon cœur, ça avait éclaté.
Je n’arrive plus à dire à mes fils que je les aime. Et je m'en veux!
C’est coincé. Enfermé. Tout rentré. Pourtant, Dieu sait tout ce qui déborde de mon cœur. Mais je ne sais plus.
J’ai peur de ne pas savoir aimer. De ne pas être aimée.
J’ai besoin de te parler, que tu m’écoutes, que tu m’aimes encore plus fort, parce que c’est toi, qui depuis 10 ans, me rappelle qu’on peut aimer et être aimé.
Même quand on est coincé dans un corps qu’on n’aime pas. Avec des reflexes qu’on n’aime pas. Avec des insomnies qu’on n’aime pas. Ces hauts très hauts et ces bas, très bas.

J’aimerai bien un jour ne plus lui demander, à m’en vriller le bide, parce que sait-on jamais, un jour, il pourrait répondre non : tu m’aimes ?

J’aimerai, inlassablement, leur dire que je les aime.

Tout simplement.

Publié dans Pensées, Moi, pourquoi

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