Garce.

Publié le par La Mère Quelconque


Sournoisement, elle nous a nargués quelques mois. Des signes avant-coureurs, des incompréhensions. Juste des incompréhensions.
Je suis là, debout devant ma crêpière, des larmes plein les yeux, à faire des crêpes de la réconciliation, parce que j’ai l’impression que ça va un peu arranger tout ça. Mais en fait non, je ne peux rien y faire. Rien.

Y en a une qui est arrivée en douce, qui n’a pas vraiment sonné avant d’entrer, qui me nargue maintenant fièrement. Je ne l’attendais pas si tôt, c’est vrai. Pour moi, il est toujours minuscule. Mais bref.  Cette garce transforme tout, l’affrontement est quasi permanent. Rien n’est assez bien, rien ne tourne rond, rien n’est juste.

Et pourtant, je me souviens, oh la la… Je ne comprenais rien, mon corps me dérangeait, dérangeait les autres, je ne comprenais rien à ce que faisaient les ‘adultes’, je n’étais plus une enfant mais encore un peu, incompréhension complète de ce qui m’entourait. Et là, de plein fouet, je me la prends comme un boomerang. Sa perception est tronquée, il ne pense pas à l’endroit, tout est détourné, et surtout dans le pire des sens. Rien ne fonctionne, être doux, moins, prévenant, laxiste, j’attends des solutions qui ne viennent de nulle part : je suis seule face à cette garce qui m’a volé mon bébé.

Il a été transformé en un être bipolaire, qui ne sait jamais si il faut bien réagir ou pas. S’il doit être heureux ou non. Si la vie est juste ou si elle ne l’est pas. Et je ne sais pas le rassurer, moi qui ne suis déjà pas rassurée, et je suis seule, complètement seule dans ce tête à tête étrange. Les bases éducatives sont là, les notes tanguent doucement, j’ai peur pour son avenir, et en même temps j’ai confiance… Je devrais être là pour accompagner mais je pense en faire trop, et pourtant…

Il pense parfois que je ne l’aime pas. C’est violent. C’est percutant. C’est perturbant. Je me bats depuis tellement d’années pour qu’ils comprennent ce qu’est l’amour inconditionnel… Je veux montrer que je suis là, que je ne les abandonnerai pas, que ce qui compte pour moi, c’est leur bonheur. Mais là, il y a cette garce, qui va me prendre tous mes bébés et les transformer en ces êtres indolents et incompréhensibles. Elle va me priver de leur confiance, me mettre les nerfs en boule et nous mettre tous à rude épreuve.

J’aimerai tant que pour se construire, on n’ait pas besoin d’elle… Parce que oui, j’ai entendu un jour ‘Tu verras, quand ce sera ton tour… ‘ comme une sentence. Je me disais naïvement que quand les conditions sont favorables, c’était moins hard. En fait, pas du tout.

Il ne se met pas en danger. Il ne fume pas, ne bois pas. Ses notes ne sont pas catastrophiques. Mais ce n’est plus lui. Il est remplacé par ce jeune homme que je ne comprends plus.

Qui ne me comprend plus. Qui sourit encore quand je lui file un Pitch ou un kinder, mais qui râle quand je limite internet. Qui reste serviable à souhait quand je lui demande d’aller chercher du pain mais à qui il ne faut surtout pas demander de vider le lave vaisselle. Il ne me comprend plus et ne se comprend plus. Elle est passée par là, lui a chamboulé l’intérieur et voilà.

Je suis là, je sais que je ne dois pas m’inquiéter, ça passera, dans quelques années. Je le SAIS, j’y suis passée. Et j’ai eu une crise d’adolescence bien salée… J’ai très peur qu’il ne passe par là.

Je suis là, et je sais que je ne peux rien y faire. Il doit passer par là. Et comme une maso, je n’ai pas fait qu’un enfant… J’en ai fait 3 ! Trois que cette garce va me perturber, transformer, transfigurer, adultiser. J’avais pas envie. J’avais pas besoin. Peut être est ce parce que je ne suis pas sortie de la mienne, de crise d’adulescence ? Heureusement que je sais pertinemment qu'on ne fait pas des enfants pour soi et qu'il faille les accompagner... Mais c'est dur quand d'un coup, ça arrive!

Je suis là et j’ai envie de l’aider, mais je ne peux pas vraiment, tout ce que je fais, dis, pense est compris de travers et c’est comme ça.

Je suis là et je la regarde me voler mon bébé, qui reste conscient que c’est ça qui débarque, qui se sent à la fois petit et grand, qui ne veut pas y croire et qui l’attend enfin, qui n’en a pas envie mais qui la laisse faire un peu parce que c’est tellement plus facile…

La voilà. Je ne l’attendais pas encore. Mais je ne peux rien y faire.

Elle est là, cette garce. Je ne l’ai pas beaucoup aimée chez moi, je ne l’aimerai sans doute pas beaucoup chez eux.
Il faut la nommer, pour montrer qu’on a compris.
Mais j’avais vraiment pas envie vous savez. Je crois que lui non plus, il la redoutait, et elle lui fait peur. 
Rends moi mon bébé qui tétait gaiement, qui souriait en me chantant les petits poissons dans l’eau, et qui portait un tablier Oui-oui.
Rends moi mon bébé qui caressait la joue de son frère avec des étoiles dans ses yeux, qui ne voulait pas passer en 6è parce qu’on ne joue pas à Yu Gi Oh dans la cours.
Rends moi mon bébé qui venait se lover dans mes bras, qui sentait le ptit caillou chaud là, au creux de la nuque.

Elle est là, et je l’aime vraiment vraiment pas.
Voilà. Ça y est.

On entre dans l’ère de l’Adolescence.

Pour finir ce petit article, je vous dirai juste ce que j’ai fait cet aprèm en me disant que ça passait beaucoup trop vite, comme 98% des mères l’ont fait avant moi : j’ai chopé son pyjama naissance et j’ai fourré mon nez dedans. Voilà, j’ai pris ma dose. Je suis maman d’un ado. Un vrai.
Allez, hauts les cœurs… On va y arriver… On va la laisser s’installer et mettre le dawa, mais on va la cadrer, promis.

Garce quand même... 
Rends moi mon bébé. 

Publié dans Pensées, éducation, amour

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GToch 02/02/2017 15:06

J'ai décidé de bloquer la croissance des miens à 6 ans. Ça me semble pas mal ;)
Même si vu ce qu'il est déjà capable de réfléchir et surtout d’interpréter, il est certainement déjà trop tard...
Plein de courage à toutes les Mamans du monde ;) Heureusement qu'on oublie d'y penser avant de les faire :D

La Mère Quelconque 02/02/2017 15:08

Oooooh oui heureusement ah ah!