Instantané.

Publié le par La Mère Quelconque

Instantané.


Allez, viens. On oublie les mauvaises nouvelles. On faisait comme si on ne savait pas. On faisait comme si j’étais comme toi, toute neuve, toute curieuse et que je ne savais rien. On faisait comme si je découvrais tout comme si c’était la première fois, moi aussi. On va faire comme si, juste pour pouvoir se concentrer sur autre chose. Ta petite main serre fort fort la mienne, il y a un monde fou sur la Grand’Place aujourd’hui. Tu lèves ton minois sur tout le monde, tu toises les gens qui osent te regarder, et tu veux toucher chaque animal qui passe à ta portée. Tu te mets à danser en entendant de la musique, mignonne fillette guillerette qui s’éclate sans se soucier de ce qui l’entoure. Y a rien autour de toi. Y a moi, qui te regarde, et y a toi, qui me regardes et qui me souris. Je vois bien que le repère, c’est l’adulte que je suis, la maman qui tient la main, qui dit oui, non, qui te regarde et qui t’applaudit quelques secondes. Satisfaction instantanée, tu glisses à nouveau ta main dans la mienne, pour te sentir en sécurité. Tu as voulu descendre du porte bébé dans le bus déjà, et depuis, tu suis la cadence. Parce que tu as confiance. J’aimerai avoir confiance comme ça, en moi-même, moi aussi. Je pense que le quotidien serait parfois moins rude à prendre en pleine tronche. Vite, vite, on arrête de penser.

Allez, viens. On va aller s’asseoir et regarder. Juste regarder la fontaine au milieu de la place, et tous les gens assis dessus, grand cercle éclectique. Des jeunes, des vieux. Des grands, des petits. Des gens. Tu pousses un cri perçant et tu me montres la fontaine justement, tu aimes grimper et faire comme si tu te lavais les mains. Les gens autour te regardent et te sourient, petite fille malicieuse qui repousse sa mèche de sa main droite parce que malgré la pince, tu as fatalement une mèche qui vient te chatouiller le nez. Tu regardes l’eau, tu glousses de contentement, assise sur le rebord, les mains prêtes à toucher l’eau qui parait pas si clean que ça. Une mémé me dit « Qu’elle est adorable ! » Une jeune arrête de manger son sandwich pour te regarder t’émerveiller de quelque chose qui parait si banal au final. Des couples se serrent l’un contre l’autre en souriant dans ta direction. Mais il n’y a en fait qu’une personne à côté de toi, la seule qui puisse avoir droit à tes yeux qui parlent et tes mains qui décrivent, et c’est moi. Tu me demandes pour aller courir. Compliqué, il y a trop de monde. Mais je te propose un jus de pommes : Bingo !

Allez, viens. On va aller s’asseoir, même qu’on va pas aller à une terrasse branchée, non. On va aller sur la première table qui passe, avec nos deux jus de pommes, sur la table tout au bout, face à la fontaine, chez Paul. Tu t’assieds, tu ris, tu bois, tu vides, tu remplis, tu touches, tu trempes, tu repousses ta mèche, tu te mets debout, accroupie, tu veux descendre, tu ris à nouveau. Mais tout ça, dans la même minute. Puis tu te concentres sur le plateau et ton gobelet. Derrière toi, je vois les tendances de l’automne qui se dessinent. Le bleu clair, le moutarde, le rouge. Les chaussures en suédine. Les baskets fluo. Les Tshirts à message. Français, les messages. Les gens sont ouverts, dispo pour un sourire. Tu es absorbée, tu ne les vois pas, mais eux, ils te voient et sourient de tes expériences. Je me dis que ça tient à pas grand-chose en fait, de passer une bonne journée. Faut un peu mettre de côté.

Allez, viens. On entre dans le Furet du Nord, pour aller voir les livres et les jeux. Tout te plait. Tout t’émerveille. Les émotions sont exacerbées, il fait chaud, il fait humide, il y a du monde. Tu t’agaces vite, mais la curiosité reprend vite le dessus, tu as trouvé des autocollants Reine des Neiges, une peluche Peppa Pig, un labrador miniature et un livre avec une araignée rose fuchsia poilue qu’on peut caresser sur la couverture, c’est presque Noël en fait. Mais Noël pour toi, ça n’a pas encore de sens, c’est juste du plaisir instantané, de la joie instinctive, profonde et sans filtre. C’est dingue. Je VEUX ça, je veux ressentir ça ! J’arrive à joindre papa et à te persuader de lâcher les playmobiles géants dont la princesse qui t’a bien plu avec sa robe et sa couronne. Tu mets un point d’honneur à descendre les escaliers entièrement, marche par marche, et tu crées un embouteillage. Ça râle et ça souffle derrière et puis les gens finissent par découvrir ta mine concentrée sur les quelques marches qui restent et ils sourient. On sort, il fait vraiment chaud.

Allez, viens. On va rejoindre papa et ses copains. Tu vois un monsieur doré immobile. Il est bien curieux, tu te postes droit devant lui, mais il ne bouge pas. Tant pis, tu trouves autre chose à regarder. Un chien. Une marche. Un caillou. Des confettis. Un enfant. On regarde un peu le spectacle au milieu de la place, tu t’agaces, tu n’y vois aucun intérêt. On monte les marches du théâtre, et ça, ça te plait bien ! Quelle joie de monter les marches une à une, en te tenant à la ferraille vingt fois trop haute, et en essayant de te donner une contenance en passant de marche en marche sans t’arrêter entre chacune ! Grand sourire. Partout. Dans tes yeux, sur tes lèvres. Ton corps sourit tout entier.

Tu passes entre les gens, à la rambarde, c’est ce que tu aimes, un truc inconnu, tu regardes. Tu regardes tout. Et si je me mets à ta place, à ta hauteur, j’avoue, ça donne un regard tout neuf, c’est vrai.

Voilà, je vois papa, là-bas, derrière la foule. Tu me prends la main, que tu as toujours finalement bien tenue. Tu cours quand même voir papa, parce que papa, c’est papa, et tu l’enlaces en mettant ta petite tête blondinette sur son épaule. Tu fais un peu l’enfant sauvage en refusant de faire un bisou, tu ramasses des caillasses et tu fais comme si tout avait un intérêt bien supérieur au niveau des pavés. On te sent fatiguée, j’avoue. Mais qu’importe. J’ai un peu laissé de côté les mauvaises nouvelles, en prenant là, à l’instant T tout le bon qu’il y avait à y trouver.
Et puis du coup, j’ai un peu relativisé ce que j’avais oublié : le bonheur, c’est le chemin, qu’importe ce qui le jalonne, c’est pas la destination…

C’est le chemin.

Publié dans pensées

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soso59160 22/09/2016 15:21

la joie de l'insouciance des enfants.... toujours magique...

La Mère Quelconque 28/09/2016 14:36

c'est ça ;)

GToch 19/09/2016 17:06

Ho oui !
Profitez, profitez !
La vie peut être tellement courte, il n'y a pas la place pour les mauvaises choses et ils sont là pour Nous le rappeler chaque jour.
Si Nous étions moins adultes, Nous en profiterions bien plus de tout ça !!!

La Mère Quelconque 19/09/2016 17:18

Exactement <3