Et voilà.

Publié le par La Mère Quelconque

Et voilà.

T’es là et tu regardes un peu autour de toi. Pas vraiment en cherchant quelqu’un du regard, non, parce que voilà, ta mission pour aujourd’hui, elle est finie.

Tu regardes les gamins qui sourient. Les petites mains qui griffonnent les prénoms sur les cartons. Les déguisements colorés qui virevoltent à droite, à gauche. Les grands sourires qui se baladent sur les visages des profs. La musique à fond. Il fait chaud. T’es bien.

T’es là et tu réalises. Ton petit, qui est arrivé ici à 3 ans, il entre en 6è. Ton premier petit devient le plus grand chez les grands et ton second petit devient le plus petit chez les grands.

Une claque.

Quel chemin…

Je me souviens de la première rentrée de Gab, ses converses, de sa petite crête et son tshirt gris à tête de mort, avec ses bretelles. On commençait une nouvelle vie.

Cette nouvelle vie sonnait pour Faustin comme l’entrée chez les grands, avec sa rentrée au CP, et son regard tout perdu. Mais on y est allé.

J’étais dans ma période foulard dans les cheveux, bonbons aux oreilles, en pleine renaissance, reconnaissante de cette seconde chance que la vie m’offrait.J'exultais d'avoir réussi ce qu'on me condamnait à foirer: vivre.

Ils ne savaient pas, tous, ce que signifiait pour moi cette rentrée scolaire. Ils ne pouvaient pas savoir et n’ont pas cherché à savoir, pendant plusieurs années.

Je n’avais pas envie de toutes façons. Se préserver, c’était mon but premier.

Et puis on change. Un peu. Beaucoup. Passionnément.

Et on arrive à la fin, le dernier temps fort des temps forts. Celui qui signe la fin d’un temps. Le début d’une nouvelle ère. Pas une renaissance, une continuité.

Alors oui, je sais. Mathilde ira à l’école et peut être même à cet endroit. Mais ça n’empêche que l’investissement de ces dernières années marque le point d’orgue pour moi ; j’en ai fait des papiers, passé des coups de fils, coupé du papier, collé des étiquettes. On en a emballé des paquets, distribué des sourires, rendu de la monnaie, expliqué notre but. J'en ai fait, des affiches, des mails, des montages, des articles. On y a passé des soirées, sur les temps forts justement. On a essayé de garder le cap, et c’est compliqué, on l’a bien senti.

J’avais envie d’apporter, de donner, de me mettre un peu à la disposition de… Je l’ai fait. C’est bon. Le résultat est là.

Tu regardes un peu paumée, la joie un peu partout.

Le sourire de Karine qui gonfle les ballons avec toi, pleine de bonne humeur. Ta gamine qui court, avec son ballon accroché à son jean le vendredi, à sa robe le samedi. La joie communicative d’Hélène, qui vend les cartons. Taper dans sa main quand on a fini de tout distribuer.

Le sourire des mamans qui distribuent les sandwiches, elles sont contentes d'être là, et ça fait du bien.

Le soleil, qui frappe, qui adoucit, qui annonce enfin l’été, qu’on n’attendait pas, il est là. Il nous nargue presque, parce que jusqu’à la fin, il faisait style qu’il serait pas là. J’le sais, c’est Siri qui me l’a dit toute la semaine !

Et puis mon grand fils. Grande silhouette au milieu des autres, qui donne ce qu’il peut sur scène, ne sachant pas encore vraiment quoi faire de ses grandes jambes et de ses grands bras. Ne sachant pas vraiment où mettre son corps, ni comment grandir encore. Il est beau.

Il est.

Il y a eu quelques couacs, mais tant pis. Je m’en fiche. J’ai préféré ne plus me faire voir, assister un peu en retrait, avec l’angoisse de celle qui veut bien faire, mais qui n’y arrive pas forcément. Celle dont on ne comprend pas les actions. Mais c’est rien, j’ai continué, un peu bancale, de mon côté. Et puis finalement, j'ai bien fait.

Mon but à moi, si vous saviez, il est atteint : mes gamins quand ils disent ‘C’est ma mère qui a fait ça. ‘ Les profs qui utilisent du matos qu’on a réussi à gagner. Et la qualité de l’enseignement aussi. Alors je pense que j'aurai un peu aidé à la bonne qualité du temps scolaire quoi. C'est pompeux, mais bon, je me dis qu'après tout, c'est pas des actions en l'air. Suffit de voir ce qui a été fait déjà.

Alors t’es là et tu réalises que voilà. C’est fini. Tu as jeté tes dernières forces dans la bataille – et quelle bataille !- et puis il y a le décompte.

Trois.

T’entends ton nom, mais pas vraiment. Y a un peu d’émotion, mais un peu seulement, parce que je n’aime pas trop ça, je suis pas à l’aise. J’ai envie de serrer fort LE prof qui a su comprendre mes gamins, mais c’est pas trop possible, mais je l’ai remercié au moins 20 fois, les heures ont filé, les mois et les années aussi.

Deux.

Surtout les années.

Un.

Et puis on y arrive.

Zéro.

Ils sont partis, doucement, ces dizaines de ballons multicolores, et je serai bien partie avec eux, ça avait l’air sympa, ce ciel bleu.

Les gamins étaient émerveillés.

Les parents semblaient contents.

Les profs étaient ravis.

C’était beau.

C’était coloré.

Voilà. Tu seras une ‘ancienne’. Tu as aidé à faire grandir une petite graine quelque part, et c’est bien.

Tu sais que c’est bien.

Alors bon, une larme est partie quand même, sans rien dire, avec les chouettes ballons de toutes les couleurs, en douce, style de rien.

Juste parce que j’étais là et que je savais pas trop comment vivre tout ça ; tout simplement en fait.

Vivement demain.

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