Une poussière.

Publié le par La Mère Quelconque

Une poussière.


Une poussière, pendant un instant.
C'était avant Mathilde, bien avant le soleil, bien avant l'arc en ciel.
C'était de la buée dans mes yeux et des tremblements dans mes mains.
C'était l'excitation de l'annoncer au monde entier. On attendait depuis tellement longtemps.
Depuis plus de 2 ans déjà.
L'ascenseur émotionnel, le grand huit.
Pour quelques cellules.
Ce n'est pas vraiment un deuil, pas vraiment une absence.
J'ai eu le temps de te rêver quelques heures, puis tu t'es évanoui.
Nous ne saurons jamais qui tu serais devenu, à quoi tu aurais pu ressembler.
Tu n'es pas vraiment une présence, pas vraiment une absence.
Tu me manques un peu sans réellement me manquer. Tu es une petite poussière, qui a compté très fort pendant un instant.
Je t'ai imaginé un peu, tu avais un sens, même si tu n'avais qu'une infime présence.
Si tu avais été là, Mathilde ne serait pas.
Alors parfois, je repense à toi, et je me demande comment serait la vie, si tu t'étais accroché. Si je n'avais pas du courir pour vérifier que tu n'étais plus là. Parce que tu n'as été qu'un petit trait supplémentaire pendant quelques heures, que tu n'as pas eu le temps de différencier quoique ce soit, tu as eu le temps d'imprimer un peu ta présence en moi.
En tous les cas, tu y as imprimé ton absence.
Cette cruelle absence qui m'a poursuivie longtemps.
('Mais pourquoi je suis allée à ce concert ce soir là? Et si les basses avaient fait quelque chose? J'aurai du me coucher tôt. Ne pas faire cette route en voiture. Je n'aurai pas du chercher les signes. J'aurai préféré ne jamais savoir. C'est ma faute.')
Pourtant, tu n'as été réellement qu'une poussière pendant un instant.
Un espoir intense, une excitation palpable, plein de jolis sentiments. Puis plein de tristesse.
Ne pas s'accrocher et en même temps te pleurer, toi qui n'a jamais réellement existé ailleurs que dans ma tête et dans la petite mûre indifférenciée qui a vogué quelques heures dans mon ventre. Petite graine qui n'a jamais germée.
Juste après toi, petite poussière, des choses ont changé. J'ai donné les vêtements que j'avais compulsivement amassés. J'ai donné cette housse de couette et cette taie de petite fille que je trouvais mignonne. Je ne suis plus passée dans les rayons bébé. J'ai arrêté d'y croire.
Quelques petits changements internes aussi. On m'a ajouté quelques anti D, parce que tu sais, nous aurions sans doute été incompatibles toi et moi. On m'a pris un peu de sang, pour me confirmer 'Il n'y a plus rien.'.
Je suis partie quelques semaines, prendre le large, profiter de Faustin et Gabriel. Changer d'air. J'ai pris le train, j'ai un peu voyagé. J'ai partagé. J'ai ri. J'ai réussi à passer au dessus, à pleurer un peu, à ne pas trop réfléchir, parce qu'on me disait que de toutes façons, il y avait pire. Comme si je ne devais surtout pas penser à toi. Surtout pas. Parce que tu n'avais pas été.
C'est assez curieux de te parler, alors que tu ne seras à jamais qu'une pensée, qu'une éphémère pensée, comme une aigrette de pissenlit qu'on a soufflé pour faire un voeu, comme une coccinelle qui s'envole aussitôt après s'être posée, comme...
Juste une petite bouffée d'espoir.
'Ce qui est dommage, c'est qu'on ne saura jamais si il aurait eu les yeux bleus de ma grand-mère...'
Oui, c'est dommage.
Je pense à toi parfois. Mais je ne suis plus triste, parce que grâce à ton absence, il y a cette autre présence.
Alors je pense à toi pour te dire merci de t'être arrêté quelques minutes/heures chez nous. On n'a pas pu t'aimer, ni quoi que ce soit, on a pas eu le temps tu sais.
Tu as été une aigrette blanche légère, qui est entrée chez nous, qui transportait un voeu, un espoir, tu apportais une nouvelle, tu apportais du courrier, mais sur le coup, nous n'avions pas vraiment le coeur de te déchiffrer. Tu me disais tout bas de ne pas baisser les bras. D'avancer.
Un jour, bientôt. Un jour.

Alors je pense encore un peu à toi.
Parce qu'elle est là, tu vois.
Et c'est juste pour mieux te laisser t'envoler.

Publié dans Pensées

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sophie pipelette 28/10/2016 22:39

ton article malheureusement me parle tu l'as tellement bien écrite... j'en ai eu des frissons en lisant <3

La Mère Quelconque 29/10/2016 11:13

<3

Autourdelo 27/10/2016 07:58

Pfiouuu tu m'as mis les larmes aux yeux de bon matin ... c'est magnifique.

La Mère Quelconque 27/10/2016 12:05

Merci!
J'arrive à y penser sans pleurer maintenant :) J'ai su lui écrire qu'il/elle me manquait! Mais je ne sais pas me relire... ;)

ioudge 15/10/2016 13:30

Magnifique! Cette pensée me parle à moi aussi alors merci! :)

La Mère Quelconque 15/10/2016 14:17

Toi aussi jte kiffe ma copène...
Je crois qu'on est nombreuse à avoir un ptit quelque chose qui nous manque...
Bisous Ioudge!