porter et supporter.

Publié le par La Mère Quelconque

porter et supporter.


Voilà, je culpabilise. Encore. Je leur en demande sans doute trop, d'être bons à l'école, d'être polis, de pas faire les guedins quand on va quelque part. De ranger leur chambre. A elle, je lui demande de ne pas grimper sur les chaises/la table/le canapé, de ne pas vider son verre par terre, de ne pas courir cul nu dans la maison en poussant des cris stridents (sympa 5 minutes quoi...), de ne pas jeter au sol les fringues propres qui sont dans le bac, de ne pas... Bref, j'en finis par crier. J'en ai marre de crier. ça n'a aucun effet, je me sens nullissime et ça n'apporte rien, si ce n'est que je finis par être d'une humeur affreuse et que j'ai la tension en mode Everest. Et je finis par avoir envie de me rouler dans ma couette et dormir.
Dormir.
Tout le monde dort dans la maison. Mathilde comprise. Et à trois heure du mat', qui a les yeux grands ouverts, penché sur le vide? Y a moi. Moi et moi. On se parle un peu des fois.
Je me raconte ce qui a chié aujourd'hui, parce que des journées que je loupe, il y en a des caisses et des caisses. Des journées où je ne comprends pas le but final de tout ça. Des journées où j'ai envie de partir, de démissionner. Mais on ne peut pas démissionner quand on est maman. C'est comme ça. On ne peut pas.
J'essaie de me remonter le moral, en essayant de trouver un sens à tout ça. Un sens à ce que je fais. Chaque jour. J'aimerai bien que mon moi de la nuit me rassure. Mais je ne peux pas démissionner parce qu'il me le conseille. Quand je me dis que demain, ça ira mieux, j'aimerai me croire.
J'aimerai bien hein, je suis un peu comme tout le monde je crois. Enfin, j'espère. J'ai envie d'une petite pause. De ne pas faire le papa et la maman en même temps. D'être juste moi des fois. De mettre mes shoes, d'aller marcher, d'aller prendre le bus, de faire les magasins. De recevoir un sms choupinou qui rappelle que l'autre vous désire, mais vraiment hein, pas comme s'il s'était habitué au labrador que vous représentez dans sa vie: un truc fidèle qui ne partira pas, toujours content, toujours dans le don de soi. Je ne suis pas un labrador, je suis désolée. J'aimerai bien qu'on m'ouvre la porte de la voiture ou qu'on m'ouvre la porte au resto. J'aimerai bien qu'on m'invite par surprise boire un café, un thé, manger un cupcake. J'aimerai bien avoir 20 ans, là. Qu'on me montre que je suis quelqu'un, quelqu'un d'important. Pas juste un animal de compagnie. J'aimerai bien.
Pouvoir prendre un train, sans même choisir la destination, m'arrêter quand je veux.
Mais je ne peux pas. C'est comme ça.
"Et si tu ne nous avais pas eus? Tu aurais fait quoi?" Ma vie n'aurait pas de sens, je ne serai sans doute pas là. Alors j'avoue que j'enjolive un futur hypothétique de mon moi de 20 ans complètement à côté de la réalité. Mais des fois j'aimerai bien qu'on me regarde, qu'on m'écoute. Qu'on me comprenne un peu. Qu'on essaie de me comprendre au moins.
J'aimerai arrêter de crier. Arrêter de penser qu'on ne me voit pas.
J'aimerai ne pas avoir envie de prendre le train, prendre mon sac et partir.
Mais bon, je ne le ferai pas hein.
Je ne peux pas démissionner, je le sais. J'ai besoin d'un break, comme il y a quelques mois.
J'aimerai bien, mais ça ne se fait pas. C'est comme ça.
J'ai tout ce qu'il me faut, à manger, un toit, des enfants en bonne santé, une stabilité affective.
C'est tout le piment de la vie qui s'est enfuit. Il s'est enfuit à nouveau dans la routine. J'ai besoin d'une nouvelle spirale positive.
Donc demain, j'irai mieux.
C'est comme ça.




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