Je dors, tu dors...

Publié le par La Mère Quelconque

Je dors, tu dors...

Où est le mal?
Te sentir, petit corps vibrant, t'enfoncer dans le sommeil sans demander ton reste, dès que la lumière s'éteint. Sentir tes petits pieds chatouiller mon ventre quelques minutes, un peu comme en dedans, un peu comme il y a longtemps, quand tu poussais un peu tes pieds pour sentir les frontières de ton univers matriciel. Sentir ta main toutouner, tricoter doucement ou moins doucement, tout dépend de ton humeur du moment. Sentir ta respiration se faire plus lente, plus longue, plus calme. Tes cheveux à portée de mon nez, un bras entourant ta tête, je suis en chien de fusil, et je suis bien.

Aussi bien qu'il y a bientôt 14 ans, dans cette chambre de maternité où on me promettait que j'allais laisser tomber mon bébé. Le tuer. L'étouffer. On m'en a promis des choses. On m'en a levé, des yeux au ciel. ça ne se fait pas, on ne dort pas avec son bébé. C'est archaïque, c'est déplacé, c'est malsain, c'est honteux.
Pourtant, c'est l'un de mes tous premiers réflexes. Prendre mon petit bébé, le glisser au creux de mon bras. Le nourrir. Et m'endormir.

Oh mais j'ai essayé, je vous jure mesdames et messieurs les jurés. Je l'ai glissé dans un berceau, dans une turbulette, dans la chambre. Dans notre second appart, il n'y avait qu'une chambre, mais on avait le berceau dans un coin. Alors j'ai essayé. Il venait de téter, il était repu. La convention veut qu'on le place dans le lit quand il dort (ou même avant, pour l'habituer...) alors bon, j'ai essayé. J'avais 22 ans. il avait quelques jours. Je me suis endormie difficilement, mais je me suis endormie. J'ai eu le sommeil agité. Quelqu'un a crié. Non, pas quelqu'un... Mon bébé. Mon bébé pleure! Il était écarlate, il avait faim et tendait ses mains dans le vide. Vide qui s'est formé instantanément au creux de mon ventre: mais pourquoi je l'ai laissé là et je me suis laissée réveiller par ses pleurs?... Je n'ai jamais trouvé la réponse. J'ai essayé de coller à une 'normalité' qui ne me correspond pas.
J'ai attrapé mon petit bébé hurlant, qui s'est calmé instantanément, il a tété, s'est rendormi. Allongés dans le lit, on était bien. Il sentait bon, il était tout chaud, j'étais en chien de fusil, protégeant la plus fragile et magnifique chose du monde, ce que j'avais fait de mieux à ce moment là de ma vie. Et je lui ai expliqué que j'étais désolée. Désolée de ne pas être comme les autres mamans, qu'il fallait qu'il m'excuse de ne pas arriver à faire comme on me dit de faire... Et je lui ai promis de n'écouter que lui et ce que je ressentais. Il savait, forcément.
Il savait battre la mesure qui faisait que m'occuper de lui était une partition que je découvrais jour après jour, avec plein de confiance en lui.

Alors chaque fois que ça a été nécessaire, nous avons dormi ensemble. C'est à dire chaque soir, pendant un peu plus de deux ans. Il dormait de son côté ou entre nous. Plutôt de son côté d'ailleurs, je faisais barrière avec mon corps. Il n'a jamais été étouffé. Il n'est pas tombé (c'était à l'époque un futon avec un tas de fringue à ses côtés...) il ne s'est jamais blessé. Il a toujours dormi la nuit, il a tété longtemps aussi je crois. Mais il était là, près de moi, j'étais près de lui, à assurer la première chose que je lui devais: la sécurité.

Je n'en ai jamais parlé au médecin. Parce que je savais déjà ce qu'il allait me dire, vu qu'il me proposait du bromokin dès qu'on parlait de mon allaitement, qui s'est d'ailleurs très très bien déroulé, et pendant 27 mois. Aucun des deux médecins que j'avais vu n'a su me dire que vers 3 mois et vers 6 mois, quand j'ai cru manquer de lait, ce n'était que des pics de croissance. J'y connaissais rien... J'ai fini par me dire que ça allait rentrer dans l'ordre... Et oui, ça s'est remis tout seul. Alors j'ai rien dit.
Je ne leur ai pas parlé de nos nuits qui se passaient très bien.

Parce que dans notre société, le lit n'est que conjugal. Il n'a qu'une connotation sexuelle. C'est le lit du couple. Le lit où les amants se retrouvent. L'endroit où les parents redeviennent un couple. J'ai bien envie de me marrer là, d'un coup. Notre société qui fait culpabiliser le moindre kilo en trop voudrait pouvoir guider nos vies jusque dans nos lits...
ça ne perturbe personne?

Moi je me dis depuis 14 ans: mais où est le mal? Est ce que je demande à quelqu'un de m'apprendre quoique ce soit à ce niveau? Alors je ne leur ai pas parlé de nos nuits qui se passaient bien. Je ne parle pas de l'ambiance familiale du moment, qui n'était pas géniale. Je parle uniquement du réservoir de sécurité de mon fils qui était plein et qui faisait de lui un petit garçon adorable. Gabriel en a eu encore plus besoin. Je m'en veux un peu que ça n'ait pas duré un peu plus longtemps.
Alors, dites moi, où est le mal.

Pourquoi est ce que je sens qu'il faille se cacher de dormir avec son bébé alors que pour moi, ce n'est qu'instinctif? Pourquoi il y a autant d'animosité, de psychologie de comptoir, de conseils bidons, de mises en garde douteuses, voir de promesses de au choix: mort du bébé/blessure à vie/enfant qui ne sera jamais indépendant/enfant qui sera en retard psychologique. ça pourrait être drôle, si ça n'était pas aussi malsain. On voudrait m'obliger à garder les câlins pour la journée, et ne surtout pas habituer mes enfants à avoir un contact pour dormir. On voudrait que je ne m'écoute pas. Que je ne m'écoute pas et que je n'écoute pas mon enfant comme je le sens.
Qui êtes vous pour me 'conseiller'? Qui êtes vous pour me faire peur? Qui êtes vous pour me dire quoi faire, comment le faire et pour quelles raisons le faire?

Où est le mal?

Je sais où il est en fait.

Pas dans mon lit. Pas dans mes bras. Pas dans mon lait ou mon sein nourricier. Pas dans mon écharpe bariolée, ni dans mon nez qui fouille leurs cheveux. Il n'est pas dans l'amour que je leur donne. Ni dans la façon dont je le donne. Je n'oblige personne à faire comme moi, je dis juste que ça existe...
Le mal, il est dans le regard hautain, dans la parole qui juge sous couvert de bienveillance, dans les conseils non sollicités.
Le mal, on me l'amène sur un plateau, sans que j'aie besoin de le faire nicher au creux de mon lit.
Il fait vaciller tellement de mamans un peu fragiles, bousculées par l'arrivée d'un amour inconditionnel inconnu et qui ont envie de bien faire.

14 ans plus tard, on essaie encore de me faire croire que c'est moi qui suis dans le faux... Je suis juste sur un autre chemin.
Il n'y a pas qu'une seule route... Pourquoi voudriez vous qu'il n'y en ait qu'une?
A partir du moment où mon bébé ne risque pas de tomber, de se retrouver coincé entre les matelas, où nous avons conscience de sa présence dans le lit, où nous ne prenons ni drogue, ni médicament, ni alcool, je ne mets pas en danger son intégrité.
Je laisse un lien sur les 'bonnes pratiques' du cododo, (parce que oui, il faut quand même faire attention à certaines choses).
Je voulais juste dire que ça existe et que je n'embête personne. J'ai toujours fonctionné comme ça...
Alors s'il vous plait, avant de voir le mal dans mes 'pratiques', essayez de voir le mal que font vos remarques...

Parce qu'allongée, ma bébée contre moi, lui faisant un cocon avec mon corps, lui proposant mon sein à volonté, lui caressant les cheveux ou m'endormant comme une bienheureuse, je ne pense pas vous faire du mal; je nous fais du bien...

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soso59160 01/02/2016 06:54

j'ai pratiqué les 2.... mon fils a dormi avec nous ... ( avec aussi beaucoup de critiques) et ma fille dans son lit...

j'ai apprécié les 2 "méthodes", avec chacune (pour moi) leurs avantages et leurs inconvénients...

je pense que chaque maman fait comme elle le sent, comme elle le peut... le principal (pour moi) c'est que chacun y trouve son compte...

La Mère Quelconque 01/02/2016 12:34

Pour moi aussi! J'ai jamais diabolisé le lit, alors que tout le monde fait comme ça autours de moi ^^

Marie 27/01/2016 15:34

Merci pour cet article qui me rassure...
Je fais du cododo occasionnellement quand mon bebe ne trouve pas le sommeil et que j'ai réellement besoin de dormir.!
Je contente aussi de découvrir les "bonnes pratiques " ☺

La Mère Quelconque 27/01/2016 18:07

En fait c'est juste du bon sens ^^
Contente d'aider à déculpabiliser un peu; j'en ai eu besoin à un moment ;)