Coupure.

Publié le par La Mère Quelconque

Coupure.

Plonger la tête sous l'eau. Cinq minutes. Tout s'assourdit, j'entends mon coeur qui bat. Ce coeur défaillant, qui veut trop en faire. Encore un qui voudrait faire du mieux qu'il peut et qui n'arrive pas à être juste lui même. J'entends la goutte qui tombe dans l'eau, régulière. Je sens une buse contre ma cuisse, la vitre contre mon genou. Mon visage dépasse, encore un peu et j'aurai de l'eau dans les yeux. Immergée, coupée du monde. Je ressens mes bras, flottant et légers. Le dessus de mes mains qui refroidit. La lumière me dérange, je ferme les yeux.
Là. Coupée. Complètement. Rien. Personne. Juste ma respiration et mes battements de coeur. Entourée de chaleur. Rien à penser. Rien à bouger. Juste me laisser aller. Mes cheveux me chatouillent la nuque, mes oreilles sont pleines d'eau.
Est ce que ça fait ça, quand on est dans le ventre? Dans la chaleur du giron maternel? Une sensation de laisser aller total, délectable, intemporel? Ne rien ressentir, pas d'envie, pas de besoin, rien que du rien, juste ressentir le chaud et la légèreté...
Jambes croisées.
Bras croisés.
Les yeux fermés sur dehors.
Grands ouverts sur dedans.
Ressentir du primal, du lointain, de l'archaïque. Pas de temps. Pas d'espace. Pas de dimension.
Ne pas penser. Juste écouter le chuintement de mes poumons. Le tambourin de mes pulsations.
Juste ça.
Je suis fatiguée. Je le sais, mais je n'y penserai qu'après.
Je suis fatiguée. Je le sens, mais pas là, pas tout de suite.
Je suis fatiguée. Mais là, dans le primal, dans l'archaïque, ma tête ne me crie pas de tout arrêter.
Je suis fatiguée. De vouloir contrôler et là je ne contrôle pas, et c'est bon.
Fatiguée.
Mais après ce presque baptême, ces minutes dans le noir pas si noir, dans le silence pas si silencieux, je me sens presque neuve.
Demain. Demain, je vais prendre mon courage à deux mains, et recommencer.
Chaque jour, recommencer.
Mon coeur bat. Je suis là, je ne suis pas rien.
Dans cette douceur là, je suis là.
J'existe.

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