Bilan.

Publié le par La Mère Quelconque

Il y a 8 ans...
Il y a 8 ans...

Le calendrier de l'Avent est presque terminé. Les épines du sapin jonchent le sol. Noël, c'est presque derrière. Cette année encore, c'est passé à une vitesse folle, je n'ai pas vraiment envie de me dire que je vais avoir 36 ans et que 36 ans, c'est quand même un chiffre un peu grand.
Faustin va avoir 14 ans. 14 ans bordel! La dernière grande discussion partait sur l'adolescence. 'Mais pourquoi tout m'énerve en ce moment?!' Comment te dire que c'est normal et que je vais t'énerver encore plus dans les mois/années qui viennent? Et bien en te le disant franchement. C'est ce que tu aimes en plus; que je sois franche et directe avec toi, que je te parle comme à un grand, pas comme à un niais. Alors voilà, de facto, je vais t'énerver fort, puissamment et longtemps. Parce que c'est normal et qu'on y coupera sans doute pas. Et que ton frère, ça va lui faire pareil.
Voilà, on parle des évolutions et de la normalité. Il a choisi un sport depuis peu, il a des notes comme je n'en ai jamais eues. Ils ont un potentiel de folie... Des pépites.
J'ai la chance d'avoir face à moi de la matière qui réfléchit, qui comprend et qui veut savoir.
Je me rends compte de l'évolution en un an, de ce qui fait que mon petit garçon l'est beaucoup moins, par sa taille, sa nonchalance, son humour aussi. Caustique, bien placé, on se marre bien. La relation entre nous n'a jamais été mauvaise, parfois un peu tendue (fichues croix qui parasitent la paix des familles!) mais j'ai la chance d'avoir un grand qui entre doucement dans l'adolescence sans s'écraser le nez sur juste de l'incompréhension. C'est avec lui que j'ai passé la plus grande partie de ma vie...
On parle de la joliesse d'un tableau avec Gaby. De ce qui fait le grain de la peau avec des couches de peinture. De sa fierté de se dire que je suis sur le tableau, que son grand père peint. On se marre comme des baleines avec notre humour pourri qui ne fait marrer que nous deux. Il aimerait que je vienne le chercher plus souvent à la sortie de l'école, il est fier de sa mère et de ce qu'elle fait. J'aime en lui, en eux, cette fierté et cet amour inconditionnel, ils me donnent tellement...
On a des discussions comme on en avait jamais eues. Ils sont en train de changer.
Je pense que c'est ça qui me rend morose. Je sens qu'on passe plusieurs caps.
Gabriel va avoir 11 ans. Dans moins d'un mois, 11 ans... C'est fou. Il est encore immature, encore un peu gamin, il profite des derniers mois de primaire, il se prépare, doucement, aux prochains changements. Il les attend, les espère et ça l'effraie autant que ça l'attire...
Tous ces changements. Ces rides qui sont apparues aux coins de mes yeux. Celle qui creuse mon front d'une barre horizontale. Ces cheveux blancs que je ne saurai bientôt plus vraiment cacher, que je n'ai plus envie de cacher à vrai dire. Je me sens vieillir, en les voyant grandir. Et je suis comme Gaby; j'attends, j'espère, et ça m'effraie autant que ça m'attire... Inexorablement. Les années filent, et j'espère que malgré mes erreurs ils se construisent bien en dedans.
J'aimerai qu'ils trouvent leur voie, quelle qu'elle soit. Qu'ils s'éclatent, qu'ils vivent à 1000%!
J'ai très peur de me dire qu'un jour, je ne serai plus là, qu'un jour, je vais mourir.
J'espère que de là haut, je les verrai réussir, essayer, se tromper, avoir un genou au sol mais pas trop longtemps et se relever, apprendre de leurs erreurs et grandir, toujours.
Qu'ils apprennent, comme je le fais depuis des années, une chose par jour. Même insignifiante. Mais que ça continue. Qu'ils comprennent que ce que je veux leur donner, c'est ce pouvoir fascinant d'être eux mêmes, et d'avoir leur libre arbitre.
Je les regarde aujourd'hui et j'espère les regarder encore longtemps, dans notre nouvelle maison, n'importe où, n'importe quand, heureux.
On y est arrivé.
Il y a 8 ans, voilà ce que j'écrivais:
"Il y a des nuits où on a du mal à se dire que c'était la bonne solution. Il y a des heures qui s'écoulent comme des siècles, et où l'on voudrait avoir bêtement un an de plus pour voir de quoi demain sera fait. J'ai du mal à me projeter, mais qui sait... Peut être que je rencontrerai le bonheur au bout du chemin.
(...)24 septembre 2006 , j'ai vécu mon World Trade Center perso. Confiance et Espoir, mes tours jumelles à moi se sont effondrées, j'ai reçu un Boeing en lousdé, et voilà. Maintenant, va falloir penser à demain. Remettre de l'ordre dans mon Ground Zer
o.
Et Dieu que demain est loin.
Dieu qu'il est loin
."
8 ans ont passé. Et je suis là. Et on va bien. Et sur les ruines froides, on a construit une chouette famille.
Mes enfants ont grandi. On est loin des premiers jours/mois/ans où on se demandait ce que ça allait donner...
Mon calendrier de l'Avent est presque terminé et voilà encore un Noël qui sera derrière nous.
Pour cette année, je ne veux pas vraiment de cadeau, je veux juste une lettre de Nico. J'ai en vérité tout le reste.
Les années passent, oui. Les rides s'accumulent (les kilos aussi ah ah!) mais le bonheur aussi s'accumule.
J'avais peur de ne pas réussir... Et je finirai cette année par cette pensée là: il y a 8 ans, tu voulais juste trouver le bonheur.
C'est fait.

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