Harcèlement.

Publié le par La Mère Quelconque

Le sujet du moment, c'est le harcèlement scolaire. Je me suis longtemps demandé si ce que j'avais vécu en était. La réponse est sans équivoque en fait: le combo vie familiale/vie scolaire a fait que j'ai eu envie souvent de m'enfuir, de disparaître. Chez moi je n'étais rien, pour les autres élèves, j'étais 'la grosse' et pour les profs, j'étais chiante. Pas en maternelle. Le CP, aucun souvenir. Les classes de CE1 et CE2 ont été des années plutôt cool.
Le CM1, ça a commencé à déraper. Prise en grippe par mon prof, j'ai passé des heures à copier des verbes au fond de la classe, j'ai été privée de la sortie au Zoo de l'année, de la séance de cinéma et de la fête de fin d'année où on dansait sur une musique médiévale. Le pire, c'est que je l'aimais bien ce prof. Il nous a appris le handball, et puis ça changeait, c'était un homme. Mais bon, il n'a jamais cherché à savoir qui était cette élève pénible qui en voyait de toutes les couleurs une fois rentrée à la maison. Il s'en tapait royalement. Il voyait juste que je le gonflait, alors en plus des milliers de lignes, de pages de Memento, d'exo de Bled que je me mangeais le soir, j'avais droit aux verbes la journée. On se demande pourquoi je suis forte en orthographe! LOL
Bref. Les autres m'ont un peu mise de côté. Mais sans plus. Puis il y a eu le CM2.
Là, ce sont les autres élèves qui m'ont prises en grippe. On m'avait gentiment changé de classe, pour faire plaisir à une autre élève qui voulait rester avec sa meilleure copine. Déjà que j'étais une gamine de divorcés, je me suis retrouvée avec les pénibles de l'école. Ils ont tout gagné, je suis devenue dernière de classe. Sans que ça inquiète quiconque. Ni ma mère, ni la prof, qui était une vraie teigne au passage. Mis à part nous détailler les tortures des nazis dans les camps, elle a pas fait grand chose dans l'année.
Puis la 6è. Un chapeau gris, une écharpe rouge... On m'a poussée dans les escaliers pour savoir si , comme Bouli, je roulais quand on me poussait. ça a été mon petit nom de l'année. Je continuais à grossir. J'ai déraillé toute l'année. Les profs s'en fichaient. J'ai même fini par être violente et j'ai blessé un élève de ma classe... Qui me poussait à bout depuis des mois. Tous les jours. Tout le temps. Je lui ai ouvert la lèvre en le poussant sur un muret... Je me souviens de sa mère, qui est venue me dire 'Mais tu te rends compte qu'il aura une cicatrice à vie?' Oui, je me rendais compte. Moi, ça m'avait fait mal de lui faire mal. A peine revenu en cours, il recommençait. J'imagine que sa mère ne pouvait pas imaginer à quel point son fils parfait était surtout un parfait petit con qui parlait comme un petit con, même si évidemment ça n'excuse pas que je l'ai blessé.
Là, ma mère m'a donc collée à la porte, à l'entrée de la 5è. Je suis passée dans le monde magique du privé. L'horreur. Le décalage entre les classes sociales était juste un moyen supplémentaire de harceler. La grosse, c'était moi. Tout le temps. Partout. Toujours. Cette année là, j'ai été privée de Futuroscope. Les profs ne se sont toujours pas inquiétés. J'étais un élément gênant en fait. Loin d'être stupide, rien ne m'interessait. Alors je m'enfermais au toilettes, pendant des heures. Personne ne s'en inquiétait. 'Elle finira bien par sortir!' Oui, mais toujours aussi mal.
La 4è, l'année magique. Chez les soeurs en internat. ça a duré un an. Une année bien trop longue. Là, c'était le jour et puis la nuit aussi. On était 4 par chambre. C'était juste l'angoisse permanente. Je me demande parfois si elle se souvient, cette petite blonde prétentieuse à lunettes du mal qu'elle a pu me faire, à passer son année à m'isoler. J'étais seule à lire des Bellemare, ça faisait flipper les soeurs. J'ai continué à grossir. Jusqu'au dernier jour, elle m'en a fait baver.
Sans entrer dans les détails, j'ai fait 5 écoles primaires, 4 collèges différents. Il a fallu l'arrivée au lycée pour ENFIN sortir ma tête de l'eau. Pas en seconde, ni en première... C'est en terminale que j'ai enfin pu me sentir bien. Ou en tous les cas moins mal. L'année où -enfin- on a pris au sérieux mon mal être. Dans chaque établissement, au final, j'ai trouvé le moyen de me retrouver tête de turc, et encore aujourd'hui, je me dis que ça ne pouvait pas être uniquement à cause de mon physique. J'étais agressive, mal dans ma peau, mais est ce que ça légitimait tout ça?
Les coups, les insultes? Les crachats, les chansons débiles? Les poèmes injurieux? Quand je regarde aujourd'hui ces adultes proprets, fiers de leur réussite sociale/familiale/maritale, et que je me souviens de ces petites garces qui me mettaient de l'encre dans le dos en me disant que jamais un mec ne se retournerait sur mon passage, il y a un sacré monde... Est ce qu'ils pensent que leur enfant pourrait le vivre, ça?
Je ne crois pas en fait. Ces femmes et ces hommes accomplis aujourd'hui, est ce qu'ils se souviennent qu'ils se mettaient en groupe pour écrire des poèmes bourrés de fautes
'Pauvre Amélie elle est sans ami, pauvre Amélie, elle a trop d'appétit, pauvre Amélie, vivement qu'elle maigrit...' Oui, je me souviens même de la faute! J'en ai pleuré des seaux.
J'ai réitéré d'ailleurs cette année là, j'ai blessé un autre élève qui avait un peu trop chargé la mule... Je m'en veux encore, même si lui même est venu s'excuser plusieurs fois, touché que je l'appelle chez lui, pour savoir comment il allait, et surtout, pour m'excuser de la gravité de l'acte comparé à ce qu'il avait dit. Mais je n'en pouvais plus. Plus je me mettais en marge, plus on me mettait en marge! Et je démarrais au quart de tour...
Encore aujourd'hui, certaines bas du front n'utilisent que cette insulte: la grosse. Celle qui m'a collée à la peau pendant 10 ans de scolarité. Alors, oui, ça me blesse encore, ça, c'est sûr. Mais plus autant, parce qu'au final, je sais ce que je vaux. Mais il en a fallu, des années pour y arriver...

Je me dis une chose. Heureusement, heureusement que je n'ai pas grandi en 2015. Heureusement qu'il n'y avait pas les réseaux sociaux à l'époque.
Je crois que je n'aurai jamais su m'en relever... Et heureusement que mes enfants sont assez hors norme pour ne pas être des petits moutons mais assez dans le moule pour ne pas avoir envie de mourir à 10 ans à force de se faire rejeter. Je ne sais pas où est leur force: des profs qui les ont écouté et les écoutent encore? Une mère qui s'en est tellement mangé qu'elle veut leur apprendre à ne pas laisser ces situations se gangrener? Parce que bon, j'ai beau faire... C'est compliqué des fois. En en parlant avec Faustin, il me reparle souvent de son année de CM1 et d'un autre élève qui lui en a fait voir de toutes les couleurs et de ses pleurs dans son coin, parce qu'il ne voulait pas nous embêter avec ça... Il a fallu qu'il parle pour que ça aille mieux. Il y a eu une tentative vite avortée en 5è. Gabriel a l'air beaucoup plus ouvert et s'il a un soucis, il en parle vite.... C'est ça que je voulais. Que surtout, surtout, ils n'aient pas envie à 35 ans d'écrire que les profs s'en cognaient, et qu'au final, à quoi ça aurait servi de le dire!
ça n'a pas été 'que' du harcèlement. C'est vrai. Chamaillerie, on va dire, pour beaucoup. Mais il y en a 3 particulièrement, qui étaient très vicieux dans cet art là, le harcèlement. La pression. Ne surtout pas tolérer un sourire. Ni un bon moment. Tout gâcher. Et rire, rire, rire aux éclats de voir l'autre tomber, bégayer, pleurer, blanchir de honte, vouloir disparaître.
C'est à eux que je m'adresse aujourd'hui: je vous ai pardonné.
La grosse est restée grosse, ça, c'est sûr. Mais sans vous, je ne serai pas la mère que je suis aujourd'hui. Celle qui essaie d'empêcher ça.
Grâce à vous, j'ai appris que la vie c'était compliqué mais que si on voulait, elle pouvait être trèèèèès jolie.
Grâce à vous, je sais qui je suis, qui j'étais, qui je veux rester.
Par contre, les profs de CM1 et CM2, Mr F. et Mme V. là, je vous aime pas du tout du tout, du plus profond de moi. Parce qu'entre les coquards au fond de teint que vous faisiez semblant de ne pas voir et les ptits caïds qui me tombaient dessus à bras raccourcis, mes conneries qui faisaient office d'appels au secours, vous avez fait les autruches, tout le temps, et c'est pas digne pour des profs. Je ne mets pas leur nom, ptêtre qu'ils sont à la retraite, qu'ils kiffent leur vie dans leur pavillon, heureux d'avoir été profs, fiers même! Soyez heureux. Mais je vous aime pas quand même. Donc le faux débat sur ce fameux clip... CHUT. Parce que si vous aviez été à l'écoute à l'époque au lieu de me faire suer parce que bon, j'étais qu'une gosse de divorcés après tout... Et bien j'aurai peut être eu une chance de passer à côté de tout ça.
Allez, voilà, je l'ai vidé, mon sac sur ce sujet.
Mais dans ma vie, il n'y a pas que du mauvais hein XD Heureusement d'ailleurs!
A bientôt avec des news plus cool ;)




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soso59160 07/11/2015 07:57

merci pour cet article....
perso ce clip ne me choque pas, je pense que contre le harcèlement, tout ce qui fait parler est bon... et il faut bien l'avouer, les profs souvent ne voient pas...
mon fils est en 5ème et même si il me dit que tout se passe bien, j'avoue avoir peur, très souvent... je n'ai jamais vécu cette injustice étant enfant et j'ai peur de ne pas savoir voir... savoir que mon fils ne va pas bien... voir qu'il a besoin d'aide...
mais j'ai aussi peur que ce soit lui le bourreau... j'ai beau me dire que (je pense) l'avoir bien élevé, qu'il ait assez de jugeote pour ne pas faire comme les copains... j'avoue, ça me terrifie aussi...

La Mère Quelconque 07/11/2015 11:36

Dès lors que t'es sensibilisée, t'as des armes... Enfin je pense!

Segolene 06/11/2015 14:38

Merci pour cet ecrit - j'ai beau lire tous tes articles, je ne les commente jamais. Mais celui-ci m'a touche. Parce que en 4 ieme, je ne m'etais pas rendue compte de combien tu souffrais. Et que je n'ai, moi-meme, pas ete sympa avec certaines personnes pendant ma scolarite. On n'a pas de recul a cet age la, et pourtant, j'aurai du comprendre un peu mieux que les paroles peuvent blesser. Je n'ai jamais ete LA fille populaire, jolie, et on m'a aussi insulte sur mon physique. On est cruel et avec un peu de maturite maintenant, je me demande pourquoi on l'est. Ca ne nous rend pas plus heureux. J'espere que je pourrais elever mes enfants dans le respect de l'autre. J'ai ete elevee ainsi et pourtant, il m'est arrive de deraper.
Merci encore pour cet ecrit, Amelie, le weekend s'annonce sur une note d'introspection et de reflexion.

Sinon, je suis contente de te voir epanouie avec ta chouette famille. Que tu aies su affronter l'adversite, et que tu saches tirer du bien de toutes ces annees de malheur. Peu de monde saurait faire cela, je ne suis pas sure que j'aurai ete assez forte.

Chapeau, Amelie.

La Mère Quelconque 06/11/2015 15:34

Faire réfléchir et réfléchir... Je me rends compte que je n'écris pas dans le vide, et ça fait du bien! En 4e, je te trouvais trop cool, avec cet air désinvolte et l'acceptation boudeuse d'être là... Moi je n'acceptais pas, ni les autres, ni moi, donc forcément... J'ai moi aussi dérapé, mais j'ai compris que c'était pas moi, que me venger comme ça, c'était con... Tu vas les élever dans le respect de l'autre parce que t'as conscience de tout ça, et c'est pour ça que malgré les années, ton nom restait dans un coin de ma tête: on se ressemble un peu.
Des bisous par delà les mers ;)

Emi 06/11/2015 14:16

Bravo. Raconter sans tabou ce qu'on a vécu, je crois que c'est faire tomber un peu le mur du silence, pour nous, pour nos enfants.
J'ai été aussi une élève harcelée. Malmenée parce que trop intello, trop mal fringuée. Parce que trop grande, trop maigre, trop mal dans ma peau. Les années collège : un long tunnel de désespoir, entre petites humiliations quotidiennes et grande solitude. Qu'est ce que j'ai eu la boule au ventre, la nausée, la migraine, en allant au collège. Heureusement, moi j'ai eu la chance d'avoir des parents attentifs, à l'écoute. Qui m'ont donné du courage, à défaut de solutions pour ne plus être le souffre-douleur préféré des filles de ma classe. J'ai fait le dos rond, puis j'ai appris à avoir de la répartie, à me servir de l'humour comme d'une arme. Mordante. Tranchante. Quitte à appuyer là où ça fait très mal. Alors qu'à la base, je veux juste la paix, pas être dans un rapport de force... mais bon voilà, j'ai dû apprendre à me battre, avec mes armes.
Aujourd'hui je travaille dans un collège. Comme une réparation : je suis très attentive, j'accueille, j'écoute. J'essaie même de ne pas prendre les bourreaux en grippe, comme tout le monde. Et honnêtement, tout est à ré-inventer, chaque jour, et tout ne se termine pas bien.
J'essaie toujours, 20 ans après, de comprendre, de soigner, d'apaiser l'enfant harcelée qui est en moi, au travers de mon métier. J'essaie d'être la prof que j'aurais voulu rencontrer, à l'époque.
Dingue, non ?? ;-)

Et pour mes filles, saurais-je les accompagner, leur donner suffisamment confiance ? saurais-je aussi et surtout leur apprendre à ne pas laisser un autre se faire harceler sans rien dire ?
Elles sont petites, la grande vient juste de rentrer à l'école. Mais ça me préoccupe. J'espère que, comme toi, je trouverai les bons mots, les bonnes attitudes, pour les aider à devenir de chouettes ados.
Bises.
Et mille mercis pour ton texte.

La Mère Quelconque 06/11/2015 15:36

Réparer un peu soi même, c est beau! Vouloir être celui qui nous a manqué... C est ça! Je veux toujours être la personne qui m'a manquée... ❤️❤️❤️

malory 06/11/2015 14:07

J'en ai chié aussi à l'école ça à commencé en cm2 et surtout surtout au collège mes années de 6 et 5ème, j'étais le souffre douleur de pétasse de 4 puis 3 ème. J'ai jamais compris pourquoi.
Elle se moquée de tout sur moi. Ok j'avais pas de marque et cie mais je sais pas si ça valais tout ça. Je les connaissais même pas. Mais je me souviens de leurs noms. Et les croiser me fait encore peur, pourtant je suis adulte, j'ai pas honte de ce que je suis devenue. Mais la peur reste là, j'ai peur qu'elle se souvienne de moi. En faite elles m'ont laissés la peur des gens. Et je pense que c''est de là qu'aujourd'hui encore j'ai pas d'amie. Parce que j'ai toujours peur qu'on soit avec moi juste parce qu'on a personne et juste parce que je suis gentille.

J'ai peur pour les garçons. En faite vu leurs caractères j'ai plus peur que ça soit eux les "bourreaux" ...

La Mère Quelconque 06/11/2015 15:39

Ah ça, être le bouche trou, c'est un sentiment tellement pénible!
J'ai pas peur pour tes fils... Tu sauras leur expliquer que l'"autre" a de la valeur