Torrent

Publié le par La Mère Quelconque

Torrent

La réflexion n’est pas si vieille. En fait, je ne me l’étais jamais posée je crois. Quand on vit quelque chose, ça fait forcément écho à ce que l’on pourrait vivre dans le futur, ce que l’on a vécu dans son passé… Mais cette question là ne fait écho à rien. Comment je ferai, moi, plus tard ? Comment remonter le torrent, faire comme le saumon, pour revenir aux origines ?
Je n’ai plus de racines.
Je n’ai pas de maison familiale où emmener mes enfants.

Je n’ai pas la possibilité de me poser dans mon histoire.

Je ne pourrai jamais mourir où je suis née.

Je ne pourrai jamais choisir.

Je suis déracinée.

Je crois que j’envie celui ou celle qui a cette chance. Une maison de famille, des souvenirs dans le jardin, chaque parcelle rappelle un peu ‘avant’.

Moi, je n’ai pas vraiment d’ ‘avant’. Pas de photos, juste quelques souvenirs…

Certains ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont, de la richesse de ce qu’ils ont devant eux… J’aurai donné tellement pour revoir mes grands parents me sourire dans mes souvenirs en traversant un jardin familier, j’aurai tellement voulu ressentir les mains de mon grand père dans mon dos sur la balançoire en me rappelant comme c’était bien, j’aurai tellement voulu regarder par une fenêtre et voir ce qu’ils y voyaient…
Mais je n’ai pas tout ça. Je regarde un peu par la fenêtre des autres, pour imaginer ce que ça fait.

Déracinée.

Est-ce que malgré ce manque, je saurai être un arbre sain aux branches fortes qui soutient du mieux qu’il peut ses branches et ses fruits ?
Est ce que je saurai guider mes enfants le long de la rivière pour qu'ils remontent d'où ils viennent?

Est-ce que je saurai offrir ce choix à mes enfants ?

Est-ce que je saurai passer au dessus de ce manque ?

J’aimerai tellement pouvoir un jour remonter le torrent de mon histoire, et me poser sur la berge de mes souvenirs, dans cinquante, dans soixante ou dans soixante dix ans…
Il y a 2 ans maintenant, le papa de Nico remontait le torrent de sa vie et s'éteignait, le jour de ses 45 ans de mariage, dans la maison où il est né.
Rien n'arrive par hasard... Mathilde est née presque 1 an après, jour pour jour.
Je pense bien fort à lui sur son voilier, là bas.

Publié dans Pensées

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