Chacun sa route...

Publié le par La Mère Quelconque

Chacun sa route...

Chipette s'est endormie, aussi paisiblement que ces 12 derniers mois. Elle se couche tard, certes. Mais elle dort. Longtemps.
Chaque personne que j'ai croisé cette dernière année m'a posée au moins une fois cette question: Alors, elle fait bien ses nuits?
Qu'elle ait 1 mois, 5 ou là encore,pas plus tard que la semaine dernière, à donc 11 mois et quelques.
Alors au départ, la question, je me suis toujours demandée si c'était un piège. Mon grand et mon second ont toujours très bien dormi la nuit. Dès la maternité. J'ai fonctionné comme me le disait mon instinct, dès le jour de la naissance du premier, il y a 13 ans maintenant.
Bien sûr, j'ai eu immédiatement une sage femme sur le dos. On ne fait pas comme ça, on risque de faire tomber le bébé, on ne viendra pas se plaindre s'il arrive un drame! Ouai, ON, c'est moi en fait. Je risquais de tuer mon gamin. Rien que ça.
J'ai eu à la maternité un moment bizarre de flottement. Juste après la naissance du grand, je ne faisais que regarder ce petit être tout boursouflé et rougeaud qui dormait près de moi dans son couffin. Ses petits doigts. Ses narines. Mes yeux piquaient de rester ouverts. Je vérifiais surtout s'il respirait. Au fond de ma tête une voix m'a murmuré 'on t'avait pas dit qu'il y avait une nursery ici?' et j'ai regardé l'heure. J'avais accouché à 14h18. Il était 4 heures du matin et impossible de fermer l'oeil. J'ai bippé. Une dame est arrivée. Je lui ai expliqué que ce serait gentil de l'emmener en nursery quelques heures, jusque la prochaine tétée, sans lui donner de complément, que j'avais besoin de m'endormir, sinon je ne faisais que vérifier sa respiration.
Elle a emmené le petit couffin.
La fatigue m'a envahi. J'ai fermé les yeux.
Et là, un éclair, un truc bizarre. Impossible de me rendormir, j'avais fait un sommeil de Dali, d'une 20 aine de secondes. J'ai bippé. Je savais, c'était l'heure de la tétée. La nana m'a regardée incrédule 'mais non, il dort, il n'y a pas un bruit à la nursery!' Ben c'est rien, amenez le moi quand même.
Il y avait un seul bébé réveillé qui manifestait son mécontentement, c'était lui. Et si en plus elle me disait juste avant qu'il n'y avait pas de bruit dans la nursery, vu que mon petit poulet était écarlate, elle se foutait littéralement de ma gueule.
Toute fatiguée que j'étais, j'ai grogné deux trois phrases, la nana est sortie.
J'ai attrapé mon tout petit.
J'aurai pas du écouter cette petite phrase qui me faisait douter de ma capacité à me rassurer face à lui. Cette petite phrase qui faisait genre 'pfff tout le monde fait comme ça, pourquoi tu veux faire différent?'
Je l'ai glissé au creux de mon bras, lui ai offert mon sein.
Et je me suis endormie.
J'ai dormi d'un sommeil léger et réparateur. Je sais bien que ces deux mots ne vont pas ensembles... Mais j'avais trouvé une des dizaines de milliers de clés qu'il me faudrait trouver sur mon chemin dans la parentalité, je le savais. Mon Fort Boyard perso avait commencé quelques heures auparavant seulement. Alors une clé, punaise, ce bonheur!
Il a dormi contre moi d'un sommeil de juste.
J'ai dormi comme un bébé en sentant le poids de son corps contre mon bras.
Je savais que c'était comme ça que ça fonctionnerait pour moi. Parce que physiquement, ça me faisait mal d'être séparée de lui.
Alors tous les soirs, je l'ai pris. Avec moi/nous, dans le grand lit. Et il a dormi. Et son frère a dormi. Et leur soeur a dormi.
Et moi, et leurs pères respectifs avons dormi.
Je n'ai jamais écrasé un de mes enfants. Je n'ai jamais roulé sur l'un d'eux. J'ai dormi avec eux parce que mon instinct me le disait.
Aujourd'hui encore, quand j'en parle, on me regarde de travers. JE-M-EN-FOUS.
On a donné un nom à ça, le 'cododo'. Moi je n'avais pas donné de nom, puisque dès que j'en parlais, on me disait que je n'étais qu'un parent faible qui se laissait berner par son mioche et qui se laissait envahir. BREF.
Depuis bientôt 12 mois, elle dort. 7,8,9, 12 heures d'affilée. ou pas d'ailleurs. Elle tète des fois. Mais je ne m'en rends pas compte.
Il y a 13 ans, j'ai attrapé mon petit poulet et j'ai compris que ma route serait un peu à côté de cette norme qu'on veut nous imposer. Déjà, l'allaitement, ça a été un grand moment de solitude, dans cette famille où les seins ne sont que des jouets sexuels, alors le cododo, dans LE lit conjugal! J'ai envie de dire MDR en fait. Tout ce que la pseudo norme de cette foutue famille a voulu me dicter avait un rapport avec le sexe de toutes façons. Une façon toujours crado de salir des choses magnifiques. Genre, dormir avec un bébé c'est incestueux, les seins, c'est juste érogène et bref, être fusionnel, c'était pas propre. Ah oui et avoir un bébé tue la libido. (Ah ouai, c'est vrai ça, en fait XD)
Un bébé se réveille la nuit, dans son lit, pour réclamer son bib parce qu'il a la dalle et qu'il est programmé pour manger tout les tant de temps et le parent se lève pour faire le bib au radar et le donner. Voilà ce que je comprenais.
Ben chez moi, un bébé se réveille à peine pour se brancher à l'open bar parce qu'il a la dalle et qu'il est programmé pour manger tout les tant de temps. Sauf que -magie- moi, j'ai même pas besoin de me réveiller. Voilà ce que moi je vis au final.
Alors ouai, je fais des yeux de truite quand on me demande pour la ouatmillième fois si elle fait ses nuits.
Elle dort. Nico dort.
Moi? Moi, je réfléchis. Je m'endormirai un peu plus tard, je profite du silence de la maison.
Mon chemin est tout sinueux, il est fatigant, il est exaltant.
Je vois bien que c'est pas la norme. Mais je n'ai jamais été dans la norme.
Je dors avec mes bébés, et -attention, la police anti cododo, vous pouvez vous lâcher- j'aime ça. Sentir leurs cheveux. Leurs respirations. Sa peau toute douce sur la mienne. Sa petite main qui me touche le bras. Et je regarde sa petite bouche bouton de rose entrouverte, ses yeux pétales de cerisier détendus et paisiblement fermés, ses joues rouge amour qui respirent la santé.
Et comme il y a 13 ans, je regarde son torse se soulever au rythme de sa respiration. C'est ça ma vie.
J'ai parfois des envies d'évasion... Mais je l'aime, cette vie.

J'aime mon chemin, qui se perd parfois au milieu des herbes folles.
Regarder dormir mon bébé en me disant "J'ai choisi le bon chemin pour nous.", c'est ça, mon accomplissement.

Publié dans Pensées, éducation

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GToch 08/06/2015 10:35

Petite larme ;)
Ici Maman a aussi fait du cododo.
Elle a accouché beaucoup plus tard, Pilou1 est né en 2010 et la maternité de Maman est assez ouverte sur ce genre de pratique.
Maman aussi c'est battu avec les gens : caprice de Pilou, caprice de Maman ??? Bref, que des horreurs !
Par contre les Pilous de Maman n'ont pas fait leur nuits... On ne peut pas tout avoir :D
Pilou1 a passé 3 mois non-stop **jour et nuit** sur la poitrine de Maman. Maman avait des appréhensions face aux "on dit", mais elle a bien senti que pour Pilou1 c'était une nécessité ! Et même si il a fait ses nuits tard, par la suite il n'a eu aucun problème pour aller dans SON lit. Ça se fait tout seul, un soir, on sent que c'est le moment, chacun son lit et la séparation est naturelle, sans douleur, sans pleur, rien... Que du bonheur !
Pilou2 n'en a pas eu besoin du tout. Encore aujourd'hui, elle n'est pas du genre à vouloir dormir avec Nous. C'est comme ça, le choix de bébé !
Pilou3 a suivi le même chemin que Pilou1, cododo jusqu'à ce qu'il découvre l'existence de son pouce. A partir de là, Maman n'était plus indispensable pour s'endormir ;)

Bref, depuis la naissance de Pilou1, c'est une évidence : Maman préfère écouter bébé plutôt que tous les "bons" conseils fournis par la foule !!!

La Mère Quelconque 08/06/2015 13:29

C'est la base pour moi: s'écouter ;)
Par contre ici, les 3 fonctionnent de la même façon et j'avoue: ça m'arrange :D