Nuages et gouttes d'eau

Publié le par La Mère Quelconque

Nuages et gouttes d'eau


Comme une petite fixation, j'en ai mis un peu partout. Comme à chaque fois que j'aime quelque chose, j'en mets partout.
Il y a eu le rose, puis les livres. Puis les horloges, puis les tableaux. Les tissus, la fimo, le tricot, le crochet. Les stickers. Les cadres photos. Les lacets. Les plaids granny.
Des monomanies.
Et en ce moment, ce sont les petits nuages, avec leurs petites gouttes toutes mignonnes.
Oui parce que moi, je trouve ça trop mignon, les petites choses. Je prends une voix suraiguë un peu débile, Chipette adore! Alors les petits nuages avec des petites gouttes... Waaaah.
Elle fait pareil que moi, elle fait de petits bruits suraigus, j'adore moi aussi. Elle glousse de plaisir, sourit, communique.
Cette petite fille est un concentré de beaucoup de choses: beaucoup de peur, et tellement d'accomplissement.
J'avais très peur, à l'annonce de la grossesse. Cela faisait presque 5 ans que l'on attendait.
Et j'ai eu peur, d'un coup. Est ce que je voulais vraiment cette vie là? Repartir dans les couches? Les tétées? Le partage de mon lit? Les grands deviennent grands, j'ai goûté à nouveau aux sorties... Et la plus grosse de mes peurs: et si c'était une fille?
Une fille.
A mon premier, je le savais, c'était un garçon.
A mon second, je le savais, c'était un garçon.
Là, le doute. Et je me disais que la nature allait me faire ce coup de vache, et me donner une fille. Pour voir comment j'allais faire et bien rigoler de moi. Je me suis dis que la surprise ne serait pas sympa, qu'une fille, je n'allais jamais savoir l'élever...
Ma mère n'a pas su. Elle n'a vu en moi qu'une rivale, un frein à son bonheur, une fille qui ressemblait bien trop à son père. Je suis l'aînée, alors on couple tout ça à la frustration de l'aînée de vouloir être meilleure, à la joie d'essuyer les plâtres de l'éducation (même si on a été ballottée et que ça signifie qu'il n'y a aucune base éducative...), et au désespoir de ne jamais être assez bien pour sa mère... Pour comprendre à quel point avoir une fille pouvait me tétaniser.
Je ne me maquille pas, je garde les cheveux longs par habitude, je me laisse aller niveau poids.
Je suis le contraire de ma mère, qui est longiligne, brune piquante, regard sombre, corps sec, mains noueuses. Je suis blonde, le corps flamand, Les yeux verts. J'ai eu à une époque un grand désir de me sentir attirante. Aujourd'hui, quand on me dit que je suis bien les cheveux lachés, je les attache. Quand une tunique me va, je ne la reporte plus. Je collectionne les sautoirs mais n'en porte jamais. Je confectionne des bijoux pour les autres. Le temps commence à me faire peur. Mais même si je ne suis pas belle en dehors, je sens qu'en dedans il y a quelqu'un de bien. Mais se faire accepter telle que l'on est dans ce monde d'apparence... Comment apprendre ça à une fille?
Il y a eu l'annonce, j'ai vu sur l'image ce que je redoutais.
Nous avions un prénom, programmé depuis des années, si jamais c'était une fille. Ce n'était pas elle cependant. Je le savais.
Un autre prénom était là, il a surgi de loin, c'était le sien. Puissance, combat. Elle a été un combat. Elle est puissante de tout notre amour.
Quand je la vois, je ne peux pas m'empêcher de ressentir encore et toujours de l'amour.
Je ne m'en veux pas d'avoir eu peur: j'ai eu peur de l'hérédité. Ma mère n'aime pas ses filles. Elle nous l'a fait comprendre à chaque grande étape de nos vies. Et j'ai eu très peur de faire la même chose à ma propre fille.
Elle est belle, sous la pluie du Nord. Petite fille sous les nuages.
Elle est magnifique, mon cœur se gonfle d'un amour débordant pour cette petite fille que nous avons construite ensemble, que j'ai construite en moi, et qui maintenant se construit hors de moi.
Je pensais que ce serait difficile et qu'il faudrait apprendre à l'aimer. C'est aussi simple que d'avoir aimé ses frères, dès le premier échange de regard, de caresse, de lait... J'ai compris que j'allais avoir peur pour elle parce qu'elle est ma fille. Pas peur d'elle.
Mon combat.
Ma puissance.
Ma petite fille sous les nuages.
Mathilde.

Publié dans Pensées

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